1 semaine plus tard…

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Il y a une semaine, jour pour jour, le matin vers 8H, je me rends à l’école de ma fille pour un contact institutrice-parent. Un peu inquiète car tous les parents n’ont pas été « convoqués », je me rend compte que c’est un simple entretien de courtoisie pendant lequel l’institutrice débutante mais très attentive et surtout concernée par l’évolution de ses élèves, souhaite me faire part de sa satisfaction par rapport aux progrès de ma Pitchoun. Tant mieux me dis-je. Habituellement, collée à mon smartphone, la pour le coup, c’est dans le sac et pas question de regarder les notifications de mon Apple Watch. Ma fille d’abord.

Je sors de l’école sur le coup de 8H20 et la, je reçois des SMS un peu bizarres. « Hello, j’espère que tu va bien. Courage. Bisous ». OK, oui, je vais bien. On est mardi et je morfle un peu beaucoup au boulot mais bon, on est mardi et la semaine prochaine c’est vacances. Ca devrait aller. Deuxième SMS : « Bonjour Pxxxx, donne-moi vite de tes nouvelles. S de Paris ». Pour la petite histoire, il s’agit d’une collègue d’un autre pays dont j’ai fait la connaissance la semaine dernière à Paris. Rencontre très agréable d’ailleurs. Et des SMS comme ceux la, j’en reçois 3-4. Et puis, c’est Big qui m’envoie un texto et la j’hallucine. J’arrive à ma voiture et j’allume la radio et la, je suis pétrifiée. Une explosion à l’aéroport de Zaventem. Shit. C’est à quelques kilomètres et c’est juste à coté de mon bureau. Je passe devant tous les matins.

J’appelle l’homme. Je ne comprend pas. Une bombe ? Hein ? C’est pas possible. A la radio on parle de 2 explosions. Je ne panique pas. Mais je suis envahie d’un sentiment de lourdeur. Frappée par la foudre et perplexe en fait. Oh non. Pas « mon » aéroport… Très vite, ma lucidité revient et je décide d’adapter mon itinéraire afin de ne pas me retrouver coincée sur le ring à la sortie Zaventem. Après coup, je ne comprend pas ou j’ai pu aller puiser ce sang-froid. Je prend des petites routes, échange des appels avec mon homme, puis avec ma meilleure amie, qui réalise tout comme moi qu’il s’agit d’une attaque… la première en fait. La panique commence à m’envahir, mais je reste somme toute très calme. J’arrive au bureau. Très peu de monde. J’arrive en haut. Tous le monde a le visage fermé. Ma collègue tout à coup s’écrie qu’il y a eu une explosion dans le métro, à Maelbeek. Et la, évidemment, je comprend. Ce sont eux, les terroristes. Ces attaques que nous redoutions depuis si longtemps. Ils avaient réussi leur coup cette fois-ci.

J’ai une réunion à 9H30. Celle-ci se déroule bizarrement. Personne n’est vraiment la et les moments de lucidité s’entrecoupent d’absences de tout un chacun. Des informations arrivent. Une bombe a explosé dans le métro. Certains s’inquiètent de collègues, amis, usagers du métro. Des SMS rassurants arrivent. Tout va bien.

La réunion se termine. Et j’avoue que le reste de la journée n’est plus très claire dans ma tête. Le boulevard dehors est vide comme un dimanche sans voiture. Dehors, nous entendons les sirènes, pleins de sirènes. Mon homme lui, m’envoie une vidéo tournée rue de Stalle montrant une colonne d’ambulances, prêtes à passer à l’action. Impressionnant. Et surtout effrayant. La réalité m’envahi petit à petit. La Belgique, Bruxelles, ma ville de Bruxelles, ma ville de coeur, a été attaquée. L’aéroport, ou j’ai pris de nombreux vols mais ou j’ai également passé du temps au Starbucks ou ou j’ai pu me rendre pour aller voir mon papa qui y travaillait, ou tout simplement pour aller voir les avions décoller. Ce bel aéroport, certes pas très moderne, avait été frappé par 2 violentes explosions. Les images sont la, mais je les regarde à peine. Je n’ose pas. Du coin de l’oeil parfois, mais c’est très dur, trop dur. Les images du métro arrivent aussi et la, on se prend la réalité en pleine face. Mais combien de victimes ces pourris auront-ils fait ? Combien de vies innocentes arrachées ? Combien de personnes horriblement blessées ? Je ne réalise pas. Je n’arrive pas…

Le niveau 4 arrive tôt dans la matinée.

Dans l’âpres-midi vient le lockdown. Et la c’est le drame. Moi, je suis à Evere. Un e-mail arrive nous interdisant de quitter le bâtiment. Idem pour Big qui se trouve plus au sud. Ma fille se trouve entre les deux à l’école. E-mail de l’école avec mesures spéciales demandant de venir chercher les enfants à l’heure de fin des cours. Euh, on fait comment ? Frictions avec la famille qui n’a pas l’air de comprendre que Bruxelles vient de subir des attentats. Sombre histoire d’annulation de coiffeur… Bref, on va mettre cela sur le coup de l’émotion. Finalement, petite fille récupérée et mari rentré. Et moi, moi, malgré la fin du lockdown, j’ai la boule au ventre et je n’ose pas sortir de la. Car au boulot, je suis à l’abris, enfin je crois, car le sommes-nous encore quelque part ? Et puis sur la route, il peut se passer des choses. Finalement, sur le coup de 20H, faut bien y aller. Je pars et rentre pas bien à l’aise. Et si ce n’était pas fini. Mais tout va bien et je rentre en toute sécurité. La, évidement, les évènements de la journée me tombent dessus. Mais Big a pris soin de ne pas mettre les informations.

Vers 21H, ma fille est couchée et nous regardons les informations. Je regarde et je pleurs. Je réalise l’ampleur de la catastrophe et surtout les victimes, les personnes décédées et les blessés, nombreux, très nombreux. Je pense aux secouristes, aux médecins, aux policiers, à tout ceux qui s’attellent à aider la population. Je pense à tous ceux qui ont vécu cette journée de bien trop près et réalise ma chance. De ne pas être au mauvais endroit au mauvais moment.

Aujourd’hui, une semaine plus tard, l’émotion est encore bien la. Tout ceci est encore très irréel. Malgré l’apparition des images des victimes, de leurs histoires, de leur tragédie, malgré la publication de nouvelles images de l’état de l’aéroport, cet endroit que je connais si bien et qui aujourd’hui a été éventré. Les informations concernant l’identité des terroristes et surtout les polémiques politiques débiles qui s’ensuivent me laissent indifférentes pour le moment. Bordel mais n’ont-ils que ça à dire ? Ces terroristes sont des monstres certes, mais les vrais coupables, eux, courent surement toujours. Et ils ne vont certainement pas s’arrêter la. Car les fous, on ne les arrête pas. Hélas. Et c’est bien ça qui me fait peur. Ces gens sont fous. Ces gens n’ont pas un mode de pensée, de fonctionnement normal. Ils ne faut donc pas s’attendre à ce qu’ils réalisent qu’ils font « le mal ». Et ça c’est dangereux. Combinez cela avec, à mon sens, des mesures de sécurité trop aléatoires et surtout insuffisantes. Et rajoutez-y un manque total et cruel de moyens de la part des services de police pour agir efficacement. Au final, on ne pourra compter que sur la chance et sa bonne étoile. Espérer de ne jamais se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment, car c’est à peu près la seule chose que l’on peut espérer. Ca, et ne pas faire l’amalgame. Se dire que croyance religieuse n’est pas équivalence de terrorisme. Que nationalité n’égale pas état de terroriste.

J’ai aussi une très grosse pensée pour les victimes faites dans tous les autres pays. Car Bruxelles n’est hélas pas le seul pays frappé brutalement par ces barbares. La Turquie, mais aussi hier le Pakistan. Et tous les autres pays avant et surement après nous. Violence aveugle et sans limites…

Perso, je n’arrive toujours pas à vraiment réaliser ce qu’il s’est vraiment passé. Je pensais que les photos de l’aéroport m’aideraient à réaliser, mais c’est encore pire. Encore plus irréel. Surement que mon esprit rejette ces images. Les photos des victimes et les témoignages des blessés sont très touchantes. Je leur souhaite de se remettre rapidement si toutefois il est possible de se remettre d’une chose pareil. Je souhaite beaucoup de courage aux familles et leur apporte toute ma compassion. Car je sais que sur terre, il existe encore pleins de « gens bien » et que notre monde peut continuer à exister dans la paix, la tolérance et le respect. Simplement faudra-t-il encore du temps, de la chance et de l’apprentissage pour y arriver. J’ai de l’espoir mais pour le moment, j’ai surtout très peur. Et cette peur la, malheureusement, elle est très réelle.

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